Dérégulation mondiale, développement des inégalités, des addictions, de la virtualité, de la compétition, d’où effondrement de la santé mentale

Moebius

Par le Dr Claude Leroy

Chaque civilisation, par ses moeurs, ses lois, ses principes de pensée, se crée une pathologie qui lui est propre… Chaque siècle se réclame d’un style pathologique, comme il se réclame d’un style littéraire ou décoratif ou monumental.
Marcel Sendrail : Histoire Culturelle de la Maladie, p. IX, un vol. 454 p. Privat éd. Toulouse 1981

INTRODUCTION

La « Santé Mentale » est un concept flou, qui peut être atteinte par de très nombreuses causes internes au sujet ou externes, mais nous l’utiliserons ici comme indicateur d’une agression du sujet, victime directe ou indirecte d’un certain nombre de contraintes, facteurs de stress, d’ordre socio-économique. Nous considèrerons, dans ce cadre restrictif, qu’une « bonne » santé mentale est un processus dynamique de résistance à ces nuisances immédiatement, ou dans un délai court, grâce à une résilience satisfaisante (si bien étudiée par Boris Cyrulnik) ; quoi qu’il en soit, notre société est caractérisée par le nombre élevé de personnes pauvres (plus de 13 % en France) et en plus un nombre important de personnes qui vivent très mal l’époque actuelle, jusqu’au suicide éventuellement, ce qui contraste avec l’amélioration permanente de la santé physique et l’allongement de l’espérance de vie.

Nous utiliserons largement le concept d’« Umwelt » créé par Jakob von Uexküll au début du XXe siècle, et qui représente, à la fois,l’espace péri-corporel, une partie du territoire perçu et où chaque être vivant agit ; mais au-delà de son aspect physique, c’est un espace affectivement et historiquement vécu, un espace topologique et non euclidien, un « univers subjectif », y compris pour les animaux, avec des éléments en écosystème, qui ont des rapports avec la niche écologique.

1) Comment en est-on arrivé là ?

Le communisme, du fait de ses clôtures et de ses règlements-contraintes, insupportables du type lit de Procuste, s’est effondré, aboutissant à la chute du mur de Berlin. Mais il permit simultanément, par sa disparition, le développement progressif de comportements de plus en plus débridés, telle la signature par Clinton de la fin du Glass Steagall Act (qui marquait le système de Keynes), puis de l’hyperlibéralisme avec sa finalité d’accumulation de l’argent sans limite, aux dépens de la Société et surtout des catégories socialement défavorisées (de plus en plus nombreuses).
Le développement parallèle, imprévisible des nouvelles technologies, sur les plans de la vitesse, de la complexité, de l’universalité, permettant les communications en réseau global (en 7 clics, au plus, il est possible de joindre la plupart des gens sur le globe, branchés sur le Web), d’où une multitude d’expérimentations, merveilleuses pour la nouveauté et désastreuses pour les risques incontrôlés (puisqu’inconnus) de cette puissance, que nous ne savons pas encore maîtriser. De tous temps, les hommes ont rêvé et fait des projets, d’abord dans leur imaginaire puis transmis par la parole, le dessin, l’écriture, l’imprimerie etc. Arrive l’ère actuelle du virtuel auquel on peut donner toutes les couleurs de la réalité, mais sans limites, comme dans les rêves. On admet une sorte de continuité sans limite du réel et de l’imaginaire comme un anneau de Moebius qui n’a qu’une face.
Il me semble qu’il faut reprendre la distinction d’Aristote et de Saint-Thomas sur « la puissance », c’est-à-dire le potentiel et « l’acte », comportement réalisé, beaucoup de problèmes actuels provenant de la confusion de ces deux concepts.
Il serait commode d’utiliser deux lettres : V.I. indiquant la virtualité « V » et le symbole de l’imaginaire mathématique « I » (I = –1 = 0) qui indiqueraient que tous ces projets géniaux ou les élucubrations diverses du virtuel, de ses possibles et de ses projets, n’ont pas de réalité, avant d’être mis en acte ; alors, mais alors seulement, on marquerait d’un « R. », ce qui est tangible, soumis au principe de réalité, avec ses contraintes limitant les possibilités. Ces usages seraient enseignés très tôt dans les écoles.
Le grand philosophe Merleau-Ponty avait beaucoup étudié la perception et en avait conclu que les objets protègent l’homme contre le délire, alors que le virtuel actuel est un « faux objet » qui ne le protège plus.
Puis se pose le problème du sens, et l’on sait bien que sa construction est chronophage. Ainsi, au niveau le plus élémentaire du fonctionnement de la perception, le tout début d’une signification quelconque réclame un délai de 0,3 seconde pour une situation simple, beaucoup plus, dès qu’il a un choix dans le processus de décision.
Lorsque la vitesse est excessive, c’est le « bruit » qui domine. Que dire alors de l’utilisation d’ordinateurs ultra-rapides, jusqu’à la nanoseconde…, dont les calculs ne peuvent aboutir qu’à des erreurs fréquentes.
Enfin se pose le problème de l’horizon spatio-temporel pour la compatibilité des décisions portant sur « l’ici et maintenant » avec le futur le plus probable et l’univers spatial de la Terre.
Notre petite planète est accessible maintenant à tout être humain mais nous ne savons pas nous servir de cette globalité trop vaste et trop complexe pour nos esprits limités, à moins qu’ils travaillent en équipes multidisciplinaires importantes.
Il nous faut apprendre la « règle du jeu de l’action sur le monde » à élaborer à partir des « pannes », actuellement constatées, dont voici quelques exemples.

2) Les dysfonctionnements du système

Au total, notre système de gouvernance, trop pyramidal (surtout en France), fonctionne mal avec un excès d’hétérogénéité sociale verticale des individus qui perdent la possibilité d’avoir, dans la société, le minimum commun de valeurs et de langue. Cette organisation des pouvoirs est aussi nocive, bien que l’inverse d’un système trop égalitaire ou soi-disant, tel le communisme.

L’expérience de chef de service du système institutionnel de l’Institut Marcel Rivière (hôpital psychiatrique privé faisant fonction de public, fondé par Paul Sivadon) m’a appris qu’il suffisait d’étudier les comportements pathologiques des malades dans l’hôpital, pour découvrir qu’ils utilisaient les failles du système .
À partir de ces observations, on peut diagnostiquer les erreurs que nous, soignants, commettons, et que nous devons corriger préventivement. Ainsi, un schizophrène me dit un jour : « Je ne veux pas rester dans ce pavillon dont la peinture s’écaille », ce qui m’a fait découvrir un très grave conflit dans l’équipe soignante du pavillon, qu’il a fallu traiter. Ce modèle microscopique est applicable à la société en général.

Voici par exemple quel était l’endettement moyen des ménages américains dans les dernières années, par rapport à leur revenu net disponible et tandis que des démarcheurs peu scrupuleux, payés à la commission, les poussaient à emprunter en hypothéquant la maison qu’ils leur vendaient, puis qui attendaient de récupérer le bien immobilier à la première panne (prévisible) de remboursement du prêt lors de la chute des valeurs immobilières aux États-Unis.
Voici par exemple quel a été l’endettement moyen des ménages américains en pourcentage de leur revenu net disponible dans les années récentes et estimées (?) actuellement.

MénageUS-Deregulation… Pendant que 1 % de la population détient 24 % des richesses nationales au lieu de 7 % en 1970 (Le Monde Magazine 10/9/2011, p.21, lnterview de F. Fukuyama par O. Guez)

Le moins qu’on puisse dire est que l’échec de l’acquisition de maison individuelle par la couche sociale américaine pauvre était inéluctable ; il indique bien la faille du système à corriger et que cet endettement incompatible avec une société harmonieuse serait impossible dans une société régulée.
Actuellement, les banques continuent à vendre des « papiers douteux » ; les gouvernements ont, tout au plus, obligé les banques à augmenter le pourcentage de leurs fonds propres, lors de leurs opérations financières. En effet, au cours de leurs « petits jeux » portant sur des oscillations de valeurs diverses (qu’elles déclenchent en plus quand elles les jugent trop stables) elles prélèvent une dîme au passage, en prétextant réguler le marché. En fait, elles participent surtout à l’augmentation du coût de la vie. Cherchant de nouvelles proies, ces prédateurs financiers s’attaquent maintenant aux États, avec la bénédiction des agences de notation, pour augmenter le coût du crédit, rendant une nouvelle phase de la crise mondiale plus probable.
C’est la mauvaise articulation entre monnaie virtuelle (V.I.) et monnaie réelle (R.), que nous avons vue plus haut, qui a permis à quelques individus, munis d’une « pompe à fric », sur le modèle de la pompe à chaleur, de monter le système de la finance virtuelle mondiale en l’utilisant pour pomper la substantifique moelle de la monnaie réelle, surtout chez les pauvres. Ils étaient les seuls, en effet, à contrôler le mirifique passage de V.I. à R. pendant que leurs victimes perdaient leur maison et/ou leur argent réels.
Mais la crise a atteint d’autres domaines dont nous citerons quelques exemples sans chercher à être exhaustifs, la violence, la délinquance et leur prévention étant traitées ailleurs.

Deregulation

•  Ainsi, le football utilise des produits financiers considérables (« achat et vente » de joueurs, indemnités d’entraîneurs, droits de télévision, paris…) qui n’ont plus rien à voir avec les grandes
valeurs du sport, d’autant que les clubs d’amateurs en profitent très peu.

•  L’alimentation : le téléspectateur grignote des biscuits vantés par la publicité de l’industrie agroalimentaire (qui subventionne le football). Il est statistiquement plus fréquemment obèse dans les classe sociales défavorisées, transformé en « patate de coussin » par manque d’exercice physique. Il ne marche plus, et, évidemment, ne joue pas lui-même, au football mais prend des paris subventionnant le football… la boucle est fermée.

• Continuons par l’élevage des animaux pour l’agroalimentaire.
Dans son livre « Vivre avec les animaux » (éditions de La Découverte), Jacqueline Porcher
rappelle que les mots « élevage » et « industriel » sont incompatibles avec la vie, avec ce que Madame de Fontenay avait appelé le contrat traditionnel depuis des siècles, de l’homme et des animaux domestiques. Sous prétexte de rationalité économique, elle montre que, en défendant une sorte de thèse hyper-rationnelle de l’animal machine de Descartes, on supprime tout ce qui fait la vie des animaux et des hommes par une industrie de mort ; elle donne en exemple l’élimination des porcelets en excès, transformés en compost par exemple, par des employés qui ne savent plus que les animaux sont plus que des amas d’aliments. Elle signale d’ailleurs que le projet de fabriquer de l’aliment à partir des produits biologiques industriels sans animaux producteurs aboutirait de même à la mort puisqu’elle ferait disparaître la majorité des représentants des animaux domestiques.
On est certain, avec ce genre de méthode, de dégoûter les employés de ce type d’industrie, de leur métier, et de favoriser chez eux l’usage des psychotropes, tandis que les gourmets – fortunés – iront dans des restaurants ruineux, pour déguster de la nourriture classique.

•  Les jeux informatisés sont excellents pour l’éducation des enfants. Certains estiment qu’ils « désensibilisent » les enfants à la violence (mais qui n’a pas acheté des soldats de plomb ou un revolver en plastique à un de ses enfants ?), ou simplement, quand elle devient une passion, envahissant le temps aux dépens de toute autre activité ; on cite le cas d’un jeune enfant mort d’épuisement en Corée du Sud, après avoir joué sans interruption pendant cinq jours sur son écran.
Plus graves sont les jeux d’argent, quand ils envahissent le temps et l’imaginaire, le désir unique, et la passion envahissante. Certains casinos organisent des tables de jeu de poker « sans limite » ; l’histoire ne dit pas si la société organisatrice de ces jeux du cirque prend en charge les frais des obsèques après le suicide éventuel de quelques joueurs qui ont tout perdu.

•  La crise du travail est patente, victime de la cupidité et de la compétition excessive. La glorification des performances en tous genres, a « déteint » sur le mode du travail productif dévalorisant celui-ci par rapport aux métiers de la finance et du commerce, les actionnaires exigeant toujours plus de production pour moins d’argent. On a fait un jeu télévisé avec « Le maillon faible », sans s’apercevoir dans la réalité que supprimer le maillon faible, dans le système actuel, c’est mettre en danger toute la chaîne de production jusqu’au niveau le plus élevé.

MoebiusRechercher la performance maximale en permanence est absurde. On peut courir un cent mètres en moins de dix secondes, mais pas un marathon à la même vitesse ; on arrive à démotiver les meilleurs travailleurs, y compris les « karochis » (en japonais, « celui qui meurt au travail ») , en essayant de leur faire remplir des postes qui nient leurs compétences, ceci pouvant aller jusqu’au suicide. D’ailleurs, la négation de la compétence est totalement inefficace, car elle nie la bio et la sociodiversité ; on ne demande pas à un percheron et à un cheval de course les mêmes performances ; chez l’homme, un bon DRH sait que Superman n’existe pas. Il ne faut pas non plus espérer gagner à long terme de la productivité par des techniques de formatage du travail du type « lean management », car en supprimant tout degré de liberté de l’exécutant, on le dégoûte de son travail à long terme et renvoie l’entreprise à la critique de la chaîne par Charlie Chaplin.

•  Passons aux toxicomanies, les drogues n’étant qu’un cas particulier de pathologie comportementale répétitive et le plus souvent cyclique, qui fournit un modèle pathologique important. Il en est ainsi de l’évolution croissante en Europe continentale des habitudes d’absorption d’alcool, le samedi soir, par des adolescents, allant comme chez les Anglo-Saxons et les Scandinaves jusqu’à l’anéantissement de la conscience dans l’ivresse (binge drinking), voire le coma éthylique. On peut énumérer le haschich, la cocaïne dont l’usage augmente chez les travailleurs hyperactifs, un de ses dérivés, le crack, particulièrement dangereux par la rapidité de survenue de l’addiction, les opiacés classiques depuis des siècles, mais aussi les médicaments prescrits sur ordonnance : somnifères (barbituriques avec crise d’épilepsie possible à l’arrêt brutal) ; on leur a d’abord substitué d’autres drogues comme les benzodiazépines avec apparition d’un début de dépendance après trois semaines de prescription d’ où un changement pour de nouvelles molécules etc.

• On conçoit l’importance de l’organisation du désir et du plaisir, de l’habitude et du manque. Il faut insister sur le rôle majeur du circuit de récompense dopaminergique dans la séquence ; c’est lui qui indique au sujet qu’il est « satisfait » de recevoir de l’argent, de gagner au jeu, d’apprécier les effets des drogues ou des relations sexuelles. Le résultat est que les premières expériences vont inciter le sujet à les recommencer ou à les poursuivre…
C’est là que se situe le problème car le désir apparaît après la période de satisfaction pour reprendre la séquence dès le départ ; c’est la période normale d’apprentissage de la vie de chacun des êtres vivants, ayant un système nerveux un peu complexe. Mais, après cette période initiatique, du fait de la répétition, vient le transitoire de l’habituation qui agit sur les périodes de recherche par le désir et de satisfaction du désir par le plaisir. Ensuite, les effets négatifs de la disparition d’effets positifs incitent, après une période de plus en plus courte, à recommencer de plus en plus vite en fonction d’un manque psychique et éventuellement physique. Ceci correspond à un excès de concentration de dopamine dans le nucleus accumbens, qui est vécue « comme une altération des mécanismes de contrôle du plaisir et des émotions… ainsi, le mécanisme addictif semble univoque » (cf. p.27, : du plaisir au jeu pathologique).

• Le phénomène cyclique est à mettre en relation avec le concept de cyclochronie de Popov qui l’étudia et le démontra en particulier sur des pigeons, au Collège de France. Il s’agit d’un conditionnement purement temporel qui montre que les événements périodiques ont un conditionnement particulier, purement lié à la période des stimulations.
Par enregistrements de réponse évoquée, j’ai pu montrer que ce phénomène est présent chez l’homme, surtout en période confusionnelle. De plus, dans une situation de stimulation rythmique, si l’on supprime un des stimulus (prévu), on obtient une réponse au moment prévu de surprise, de nouveauté (potentiel On, et chez l’épileptique, fréquemment, pointe-onde).
On peut montrer ainsi qu’un « manque », dans une situation habituée cyclique, est une stimulation spécifique selon l’histoire récente du sujet. Le désir irrésistible (craving), la dépendance est le dernier stade des conduites addictives ; il faut savoir que l’addiction provient d’une racine latine, en droit, qui signifie « la contrainte par corps d’un débiteur défaillant » (Dictionnaire historique de la Langue française).
Les contraintes de l’environnement (y compris les relations à autrui), de l’écosystème ambiant par rapport à l’Umwelt du sujet jouent un rôle majeur ; elles peuvent faciliter l’approche de l’objet convoité par un effet de champ ou de contexte ou, au contraire, présenter toutes sortes d’obstacles à vaincre qui peuvent être détruits par le sujet dépendant pour soulager le « manque ».

Mais les écosystèmes et l’environnement global réagissent à ces actions des hommes trop pénalisantes pour lui ou inadaptées.

Ces quelques exemples de comportements déviants dans divers domaines ont une caractéristique commune : celle de ne pas être régulée, mais seulement parce que, en fait, les personnes qui les pratiquent sont isolées par rapport à la société, à moins qu’elles en soient des prédateurs ou des victimes. Or, il n’existe pas d’autorégulation dans les écosystèmes (sauf peut-être dans la prise de conscience humaine, et encore).

Voici un petit problème classique : un nénuphar couvre un mètre carré de la surface d’un petit étang de cent mètres carrés. Sa surface double chaque année. On demande : « en combien d’années, la surface de l’étang sera t elle entièrement recouverte ? La réponse est : « JAMAIS », car les autres êtres qui peuplent l’étang exerceront des contraintes sur lui, pour l’en empêcher, et ainsi, pour survivre.

Il n’existe pas d’écosystème statique, tous ont un équilibre dynamique ; il en est de même pour nos organismes et l’on vient de montrer qu’il existe une certaine parenté entre les maladies dégénératives du cerveau et les cancers ; ce qui les oppose et les rapproche c’est la vitesse de renouvellement des cellules, trop rapide (cancers) et trop lente (affections dégénératives). La vie est un équilibre dynamique d’entités diverses en communication. Plus un écosystème est complexe, plus la biomasse est importante et l’ensemble, dynamique stable, d’où l’intérêt de la biodiversité et chez l’homme de la sociodiversité.

On voit très bien dans les petits écosystèmes îliens ce qui se passe quand une espèce étrangère est introduite dans l’écosystème autochtone : des régulations multiples vont s’opérer et l’espèce migrante va s’acclimater ou pas, mais grâce à de multiples changements positifs (augmentation de la complexité et donc de la biomasse et des niches écologiques, stabilisation) ou négatifs (réduction de la complexité avec fragilisation du système, diminution de la biomasse parfois jusqu’à la désertification). Ce n’est jamais par le contrôle d’un individu unique que le changement se produit, de plus, cette évolution est lente.
Les écosystèmes comme les écosystèmes marins ou les forêts n’échappent pas aux excès des comportements humains par appauvrissement de la biomasse et de la biodiversité ; il est intéressant de rappeler la circularité des troubles ayant atteint l’Office National des Forêts (ONF).
Quand on entre comme employé à l’ONF, il est traditionnel de dire que l’on y travaille pour une période qui se situe à cent ans, c’est-à-dire que l’on ne travaille que pour optimiser la forêt à long terme ; mais, récemment, quand la direction a décidé d’augmenter la rentabilité à court terme, on a été confronté à un conflit de valeurs insoluble, atteignant gravement certaines personnes, ce qui explique que l’on observe à l’ONF des troubles allant jusqu’au suicide, comme chez France-Telecom, (entreprise n’ayant aucun rapport avec la Nature).

Qu’y a-t-il de nouveau dans l’épisode de crise actuel ?
C’est la vitesse de transformation dans le monde qui est en question en face d’un homme qui fonctionne toujours de la même façon avec un système nerveux qui tente de transformer « l’ensoi » en « pour-soi », en extrayant des bruits de l’Univers, le sens pour lui.
Pour cela, il analyse le résultat de ses nombreux capteurs d’indices de l’environnement pour les traduire en signaux, qu’il reconnaît comme indicateurs de satisfaction, de danger ou qui le laisse indifférent.
Mais il lui faut du temps pour les associer à la fois en parallèle mais aussi en série, du fait de la complexité de ses liaisons nerveuses.

CONCLUSION

Il nous faut prendre conscience de la nécessité de bloquer peu à peu cette course à l’abîme.
Nous sommes en 1788, comme le montrent les aspirations des nouvelles générations à la réorganisation des liens sociaux, en particulier, les liens horizontaux, en augmentant la valeur de l’empathie et en diminuant celles de la compétition et de la cupidité.
Mais ceci ne sera possible que si des régulations sont mises en place dans le monde, comme le montrent les évolutions de tous les écosystèmes, y compris le corps de tout être vivant qui meurt, soit parce que l’écosystème ambiant est incompatible avec sa survie, soit parce que son propre système ne possède plus les régulations homéostatiques nécessaires, soit parce que le mode de vie de son groupe demeure identique dans un monde dont l’environnement s’est modifié.

pipeLa pipe de Magritte : c’est une représentation réductrice de la réalité, comme toute représentation ou perception.
Il lui manque la troisième dimension, la structure interne (tuyau) et surtout la potentialité de la fonction : du tabac qui brûle dans son fourneau.
Réf. : Catalogue Exposition du Centenaire. Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique. Ludion-Flammarion, édition 1998

Bibliographie sommaire

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Huber F. et Markl H., « Neuriethology and behavioral physiology ; Roots and growing points », 1 vol. Springer éd.
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Leroy Cl. Et Filhol G., « Noise and the Sense ; constucting the Umwelt in a topological Space; the concept of
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Magritte R., Catalogue du Centenaire ; sous la dir. de Ollinger-Zinque G. et Leon F., Musées Royaux des Beaux-Arts
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Escher M.C., « Le monde de M.C. Escher » sous la dir. de J.L. Locher et coll. Edition du Chêne, 1972.
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