Historique

Une vieille dame indigne…

La Ligue Française de Prophylaxie et d’Hygiène Mentale, créée le 15 janvier 1921, reconnue d’utilité publique en 1922, est devenue en 1996 la Ligue Française pour la Santé Mentale (LFSM).

Elle est membre de la World Federation for Mental Heath

C’est le docteur Edouard TOULOUSE qui créa la LFSM pour ouvrir le 1er juin 1922 le premier “ service libre “ en psychiatrie : Henri-Rousselle à l’hôpital Ste Anne, premier service de consultation ambulatoire et d’hospitalisation sans contraintes légales rapprochant la psychiatrie des autres spécialités médicales. Il travaillait depuis 1896 à ce projet qui totalement révolutionnaire jeta les bases de toute la psychiatrie moderne en France.

La LFSM fut la première Ligue de santé mentale d’Europe et organisa le 1er congrès mondial de santé mentale.

Comme tous les novateurs, Edouard Toulouse fut l’objet de la part de ses confrères et du personnel hospitalier d’attaques et de sarcasmes d’une violence inimaginable de nos jours.

Edouard Toulouse né en 1865 à Marseille, fut reçu docteur en médecine en 1891 avec une thèse sur la « mélancolie sénile chez la femme », et entra comme médecin aliéniste à l’hôpital [l’asile] de Villejuif en 1900.

Franc Maçon, il avait la particularité d’être à la fois psychiatre, journaliste et directeur d’une revue – DEMAIN – dont le secrétaire de rédaction était…..Antonin Artaud.

Parallèlement à ses travaux, il entreprit d’expertiser des gens célèbres.

Le premier fut Emile Zola dont la LFSM conserve une lettre……de remerciements.

En fait la création de la LFSM plonge ses racines dans les années 20.

C’est peut-être en réponse à l’une des plus grande boucherie de l’Histoire que la France vit naître, les « années folles », les prémices de l’émancipation des femmes (bien que ce soit en 1920 que fut votée la loi interdisant la contraception et l’avortement), Picasso et le Cubisme, l’arrivée du mouvement Dada de Tristan Tzara, le Mouvement Surréaliste d’André Breton, [avec Aragon, Eluard et Picabia] lequel, étudiant en médecine et dont l’un des grands admirateurs était un certain Jacques Lacan interne à l’infirmerie spéciale, dont le style s’inspira beaucoup de Breton).

Pour mener à bien ses projets, Edouard Toulouse sut s’entourer des plus grands psychiatres de l’époque dont Henri Colin.

Au conseil d’administration se sont succédés tous les médecins qui firent la psychiatrie française : Georges Heuyer de l’Académie de Médecine, l’un des fondateurs de la pédopsychiatrie, Henri Ey, maître de plusieurs générations de psychiatres, Jean Delay, académicien et professeur de psychiatrie ; avec Pierre Deniker il fut à l’origine des thérapeutiques neuroleptiques des psychoses, Pierre Pichot dont on connaît le rôle dans la classification des maladies mentales, Charles Brisset, Eugène Minkowski, psychiatre et philosophe phénoménologiste.

Il faut aussi mentionner le rôle du professeur Aujaleu, conseiller d’Etat, directeur général de l’INSERM, directeur de la Santé. Il fit évoluer les lois concernant la psychiatrie et l’hospitalisation des malades.

Lorsqu’on relit les procès verbaux des conseils d’administration, on est surpris de constater que tous les grands problèmes psychosociaux qui allaient être à l’ordre du jour et traités un demi siècle plus tard y ont été abordés.

Le professeur Paul Sivadon devint président dans les années 60. Professeur de psychiatrie à Bruxelles, expert à l’OMS, président de la Fédération mondiale de la Santé mentale. Après le CTRS de Ville-Evrard, il créa le centre de traitement de l’ELAN, et ouvrit l’institut Marcel Rivière [hôpital psychiatrique de la MGEN[1]], hôpital-village dont les plans et le fonctionnement furent inspirés d’une réunion antérieure d’experts à l’OMS.

Aux Journées de la Santé Mentale participèrent de nombreuses personnalités telles que Simone Veil, Robert Badinter, P.H. et M.J. Chombart de Lauwe,

les professeurs Jankélévitch, Lebovici, Laborit, Milliez, Montagner, Pelicier, J.D.Vincent, J.Michaud…..

Avec discrétion la LFSM a permis la création de nombreuses associations en prêtant ses locaux, sa logistique et son aide financière : citons la Ligue Européenne d’Hygiène Mentale, l’U.N.A.F.A.M., le Groupement d’Etudes et de Prévention du Suicide……

De 1935 à 1991 la LFSM édita une revue “Santé Mentale”, qui, avec le fond documentaire, et notamment les articles écrits par Edouard Toulouse, représentent une documentation historique unique sur l’histoire de la santé mentale en France depuis 1921.

Les années 70

Le docteur Claude Leroy[2], d’abord secrétaire général succéda à Paul Sivadon et fut président de 1982 à 1996. Neuropsychiatre, directeur de recherches honoraire du laboratoire d’éco éthologie humaine de l’Institut Marcel RIVIERE, expert OMS et UNESCO pour la Santé et l’Environnement urbain, il va orienter davantage la LFSM vers la prévention.

Il est actuellement président d’honneur et responsable du conseil scientifique pour le département Mission Enfants Martyrs.

Avec le docteur Bernard Jolivet[3], et l’UNAFAM[4], il créé en 1995, le Groupement des Organismes Français de Santé Mentale Reconnus d’Utilité Publique, qui devient par extension en 1999, avec l’AFP[5], la Conférence nationale des Présidents de CME[6] et la FNAP-PSY[7], SANTÉ MENTALE-France en 2001. Mais jugeant cet organe trop orienté vers la psychiatrie la LFSM démissionne en 2003. En effet, constatant le glissement sémantique et historique consistant à assimiler santé mentale et psychiatrie, et considérant que la santé mentale d’une population ne se réduit pas à la psychopathologie, MISSION-SANTE-MENTALE, est créé en juillet 2002, afin de redonner à la santé mentale la place qui doit lui revenir dans le cadre de la santé publique, et de rapprocher le social et le sanitaire.
Claude Leroy et Bernard Jolivet posent le principe d’une définition de la santé mentale et Nataline Alessandrini réalise une série d’interviews de personnes lambda afin de leur faire définir la notion de santé mentale d’une part et la notion de souffrance psychologique ressentit dans le milieu professionnel d’autre part.

Fidèle à l’esprit frondeur d’Edouard Toulouse, la LFSM organisa en 1970 [dans une ambiance houleuse] avec le Planning familial le premier colloque sur les problèmes éthiques de l’avortement présidé par le professeur Milliez, le premier colloque sur les répercussion du chômage sur la santé mentale, faisant suite à l’ouverture en 1971, du Bureau de Conseil Psychologique (BCP), consultation de soutien psychologique aux cadres demandeurs d’emploi, à une époque où personne n’avait le droit de parler de « psy » en dehors des psychanalystes..

Trente ans après, cette notion d’aide psychologique est, non seulement devenue banale, mais sans doute un peu trop médiatique.

En 1987, Nataline Alessandrini – actuelle directrice – et Claude Leroy créent :

MISSION ENFANTS MARTYRS (MEM), collecte de dons destinés à subventionner des associations de terrain – sélectionnées par un conseil scientifique -, prenant en charge les problèmes de maltraitance.

A ce jour plus de 30 associations ont été subventionnées.

Là encore elle jeta les bases d’un grand courant qui fera tomber le « mur du silence » autour de la maltraitance, de l’inceste, de la pédophilie, et, une fois de plus encourut les foudres des tenants du politiquement correct : ne pas montrer, ne pas dire, ne pas voir.

Dans ce cadre, depuis 1994 les colloques réunissent un public nombreux grâce à des intervenants prestigieux, Claire Brisset, Défenseure des Enfants, le Commissaire Divisionnaire Gérard d’Andréa, Marcel Rufo, Boris Cyrulnik, Norbert Sillamy.

Ces colloques font partie du plan de formation destinés aux personnels sociaux, médicaux, paramédicaux.

Les Actes sont publiés et vendus au profit de MEM.

Les années 2000

Succédant au docteur Pascal Bourdon[8], le docteur Roland Coutanceau, psychiatre des hôpitaux, expert national, enseignant de psychiatrie légale, devient président en 2000,. Il créé à la Garenne Colombes l’AFTVS[9] consultation de victimologie/criminologie et grâce au soutien de l’Etat une consultation se met en place à Paris en 2003. Elle accueille principalement les femmes victimes de violences conjugales et prend également en charges les hommes violents dans des groupes de parole.

La LFSM qui s’est donné pour mission, outre ses activités propres – études, recherches, colloques, centre de documentation et de formation.- a créé des départements spécialisés et homologué des associations, devenant des délégations régionales poursuivant les mêmes objectifs selon 4 axes prioritaires : la prévention des troubles psychiques, la recherche, les actions de terrain, la formation.

En conclusion, ces actions consistent à :

-  conduire une réflexion sur l’influence de l’environnement, sur l’état psychologique des individus : département L’HOMME ET LA VILLE.

-  apporter une aide aux individus psychologiquement fragiles afin d’éviter la dérive vers des troubles plus importants : département BCP

-  agir sur le terrain : département consultations ambulatoires pour familles en difficultés

-  faciliter la compréhension des situations et des interactions dans une société conflictuelle et d’une complexité croissante, développer la santé mentale dans le domaine de l’activité individuelle, scolaire, professionnelle et sociale et de façon générale, à contribuer à l’établissement d’un niveau de santé mentale aussi élevé que possible par l’éducation sanitaire, la formation, l’information et la recherche

(article 1 des statuts de LFSM)

(Ce document a été élaboré par Natalie Alessandrini à partir des archives historiques de LFSM)

[1] Mutuelle Générale de l’Education Nationale

[2] Après Paul Ribeyre, ancien ministre

[3] Ex membre du conseil d’administration de LFSM et président d ‘honneur de la Fédération des Associations CROIX MARINE

[4] Union Nationale des Amis et Familles de Malades mentaux

[5] Association Française de Psychiatrie

[6] Comité Médical d’Etablissement

[7] Fédération nationale des anciens patients psychiatriques

[8] Président de 1997 à 1999

[9] Association Française de Thérapie des Victimes de violences Sexuelles et familiales