DYLAN, enfant martyr,
« ils n’ont rien vu,
ils n’ont rien entendu,
ils n’ont rien dit »
Qui sont donc ces « ils » : Voisins ? Instituteurs ? Services sociaux ?
Mais en premier lieu, la mère de l’enfant
« Monsieur le Président, faites tout pour que les gens comprennent que le seul fait de se taire peut tuer ! » Ce cri poignant a été lancé à la cour d’assises du Bas-Rhin, dont les audiences sont consacrées depuis lundi 20 mars 2006 au martyre subi en 2003 par ce garçonnet de 4 ans, maltraité jusqu’à la mort dans le quartier de la Montagne-Verte, à Strasbourg.
En près de deux semaines d’audiences, les jurés du Bas-Rhin ont entendu une foule de témoins, voisins, proches du couple, professionnels de l’enfance et des services sociaux, dont beaucoup avaient entendu ou remarqué des indices de maltraitance sans réagir à temps.
La grand-mère de Dylan, en larmes, a posé les questions-clés de ce procès - les mêmes que les nôtres -, à savoir :
*Pourquoi le voisinage, qui entendait cris et pleurs dans l’appartement, qui connaissait la violence du nouveau compagnon de la mère de Dylan, n’est-il pas intervenu ?
* Pourquoi la jeune femme elle-même n’a-t-elle rien dit, à ses parents, à son employeur, à ses voisins, à des amis, voire au père de ses enfants, son ancien mari ?
* Pourquoi personne n’a-t-il pris suffisamment au sérieux les signes de maltraitance que présentait le petit garçon ?
Au moment de sa mort, Dylan ne fréquentait plus l’école depuis deux semaines. Alertée par la directrice de la maternelle Erckmann-Chatrian, une assistante sociale s’était présentée au domicile familial le 30 septembre 2003 sans réussir à se faire ouvrir la porte. Trois jours plus tard, l’enfant mourait.
L’assistante sociale avait finalement obtenu, en téléphonant, un rendez-vous avec Adeline Marfe pour le 7 octobre, quatre jours trop tard.
L’affaire a débuté le 3 octobre 2003 quand deux médecins sont appelés au domicile d’Adeline Marfe pour chercher le corps déjà froid de Dylan. Ils découvrent alors sur le corps de l’enfant de nombreuses traces de coups, morsures et brûlures de cigarettes. La thèse avancée par la mère selon laquelle Dylan est tombé d’un lit est alors écartée. Des excréments sont retrouvés dans la bouche de l’enfant, les murs et le radiateur de sa chambre sont maculés de sang. L’autopsie révélera que Dylan a dû succomber à plusieurs traumatismes d’une gravité extrême au niveau de l’abdomen et de la tête, et à une hémorragie du pancréas associée à de multiples traumatismes, notamment crâniens.
Pourquoi la mère, battue elle-même par son compagnon, n’a-t-elle rien entrepris pour mettre fin à ces violences ? Elle avait même retiré de l’école son enfant lorsque ses blessures devenaient trop voyantes. La Cour entendra un certain nombre de témoins, notamment les proches, voisins, personnels de l’école, du centre aéré et des services sociaux.
Dylan, sur le corps duquel une soixantaine de bleus, brûlures de cigarettes, cicatrices et lésions d’âge différent ont été recensés, est mort, d’une hémorragie interne à la suite d’une fissure du pancréas aggravée par un traumatisme à la tête et une asphyxie par ingestion d’excréments. Son agonie aura duré plusieurs jours.
Son beau-père, non seulement battait le petit garçon mais lui infligeait aussi des morsures et des brûlures. Il est également accusé de lui avoir fait passer des nuits entières nu, attaché à une chaise devant une fenêtre ouverte, ou de lui avoir fait manger des excréments.
En juillet 2003, Dylan et son grand frère fréquentent le centre aéré. Le personnel repère une brûlure sur le petit, un bleu sur le visage du grand, mais la direction ne croit pas devoir faire de signalement ( !) En août, Dylan accompagne son beau-père pour deux courts séjours à Vesoul : le petit garçon en revient avec des traces de coups. Mi-août, un praticien de SOS Médecins appelé pour une gastro-entérite voit l’enfant, l’examine, ne remarque rien. Mi-septembre, le médecin de famille, qui n’a pas vu Dylan depuis avril, constate qu’Adeline a été frappée. "C’est arrangé, lui dit-elle. C’était une bagarre avec une stagiaire."
En septembre, le cauchemar s’intensifie. Le beau-père invente de terribles "corrections" pour l’enfant : douches glacées, nuits passées ficelé nu sur une chaise, obligation de manger les défécations du chien. A la fin du mois, Dylan ne va plus à l’école : il boîte, il est couvert de bleus, il est en état de malnutrition.
Au cours de son calvaire, Dylan ne s’est jamais plaint. Quelques heures avant sa mort dans l’appartement familial, affaibli par une hémorragie lente et fatale du pancréas, assommé par les coups de Christophe Beugnot, il demandera à sa mère partant travailler de rester « encore un peu », avant de l’embrasser en lui disant « je t’aime »
Sa mère dit aujourd’hui qu’elle "n’a pas eu le courage ni la force..."
« Je n’arrive pas à comprendre comment j’ai pu être amoureuse de quelqu’un comme ça », a-t-elle déclaré concernant son compagnon, Christophe Beugnot lequel avait déjà été condamné en 2002 par le tribunal pour enfants de Vesoul à six mois de prison, dont quatre avec sursis, pour des violences volontaires commises l’année précédente sur le bébé de seize mois d’une précédente compagne.
Son beau-père, âgé de seulement 19 ans, sans emploi, a dans un premier temps été interrogé sur les violences qu’il a fait subir à la mère tout au plus a-t-il reconnu lui avoir donné « une fois, une claque », précisant que les autres accusations étaient fausses.
Or, selon ses ex-codétenus, il aurait avoué des maltraitances sur l’enfant et sa mère. Les trois ex-codétenus appelés à témoigner ont déclaré qu’il leur avait précisé au printemps 2004 n’avoir "aucun remord parce que ce n’était pas son enfant".
L’un d’entre eux a raconté que Christophe Beugnot aurait dit avoir donné des coups de poing à Dylan pour qu’il devienne "un homme". Ils ont précisé avoir obtenu ces aveux une fois que Beugnot avait été "mis en confiance".
Christophe Beugnot dément
Répondant à ces déclarations, ce dernier a affirmé mercredi que ce n’était « que mensonges », précisant : « si je l’avais fait, je l’aurais dit »
Pour expliquer le sang de Dylan retrouvé sur ses vêtements, il a estimé que c’était arrivé « peut-être au moment où je l’ai soigné » (l’enfant présentait une blessure au front.)
Au président, Jérôme Bensussan, qui lui demande pourquoi elle n’a pas quitté Beugnot à partir du moment où il a commencé à lui faire peur et à porter la main contre elle, Adeline Marfe tente d’expliquer : « Parce qu’il était menaçant. Il a beaucoup de force et il trouve toujours les mots pour se faire excuser par la suite, pour que ce soit lui en fait la victime »
« J’avais bien compris que si je n’allais pas dans son sens, il redevenait violent », a-t-elle précisé. « C’était un individu violent, voire sadique, envers les plus faibles », conclut l’un des experts. Pendant les interrogatoires, il est apparu « insolent, arrogant, menaçant » Il a d’ailleurs prévenu Adeline qu’il la tuerait si elle maintenait ses accusations contre lui.
Lors de l’instruction, elle n’a jamais réussi à expliquer pourquoi elle n’a rien fait pour protéger son enfant, ni pour alerter sa famille ou les autorités, ni pour lui faire prodiguer des soins qui auraient pu le sauver. Pourtant, dit-elle, elle s’est rendu compte que Dylan mourait à petit feu....
Le 31 mars 2006, Christophe Beugnot était condamné à perpétuité et la mère de Dylan à 17 ans de réclusion.
*Nous nous posons les mêmes questions que la grand-mère de Dylan mais aussi :
Pourquoi, et alors qu’il existe un fichier ADN pour les pédophiles, n’existe-t- il pas un fichier qui permettrait aux acteurs sociaux ayant en charge la maltraitance d’avoir accès aux noms des personnes condamnées pour maltraitance à enfants ?
Pourquoi, lorsqu’il y a suspicions graves, comme ce fut le cas pour le petit Dylan, les assistantes sociales de secteur ne peuvent-t- elles obtenir en coordination avec les pompiers, un droit - et un devoir - d’ingérence ?
Pourquoi le logiciel « Cosette » que nous avons conçu il y a dix ans a-t-il toujours été refusé sous le faux prétexte du respect du« secret professionnel, alors qu’il offre toutes les garanties de sauvegarde ?
COSETTE logiciel de coordination des cas de maltraitance HISTOIRE DE LA LIGUE depuis sa création en 1921
« C’est pour que plus JAMAIS de telles atrocités ne se produisent que la LFSM s’est engagée depuis 1987 pour la prévention des violences intra-familiales, le traitement et le suivi des auteurs et des victimes de violences.
Tant qu’un seul enfant sera victime ce sera un enfant de trop. S’il est vrai, qu’aujourd’hui, le phénomènes des violences familiales commence à sortir de l’ombre c’est encore avec trop de confidentialité.
Sa prévention, son traitement doivent être sans cesse renouvelés, les moyens donnés aux experts qui œuvrent dans ce domaine doivent être affirmés, cette action est prioritaire, sa prise en charge nécessite, bien entendu un engagement, mais aussi et surtout des compétences professionnelles et une coordination de TOUS les acteurs sociaux. La mort de Dylan, le désastre d’Outreau ne doivent en aucun cas ralentir ce travail .
Trop d’enfants et de femmes, meurent encore dans notre pays pour avoir cru, comme Dylan, comme sa mère, comme tant d’autres « qu’ils devaient mérités cela .
Nataline Alessandrini
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